1810, Espagne, la prise de Gaucin par les Français

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1810, Espagne, la prise de Gaucin par les Français

Messagepar MANÉ Diégo sur 04 Juil 2017, 13:27

Espagne 1810, la prise de Gaucin par les Français
(par Diégo Mané, Saint-Laurent-de-Mûre, 4 juillet 2017)

Sur une question de Jean-Baptiste dit Mortier, dont la Maman assista en Juin passé à la “VIII° Toma de Gaucin”, soit la reconstitution annuelle de la prise de Gaucin par les Français en 1810, que ce village d’Andalousie commémore depuis 2010 dans le cadre de ces bicentenaires très répandus dans toute la Péninsule (pas comme chez nous !) et qui remportent toujours plus de succès.

https://www.youtube.com/watch?v=0q7nXgcbGeA

Bon, comme souvent, il ne faut pas trop s’attacher à cette vidéo pour se faire une idée de ce qui se passa réellement, et donc voici quelques explications relatives.

Le 19 novembre 1809, aux champs d’Ocaña*, l’armée espagnole du Centre, aussi dite de la Mancha, sous les ordres de l’incompétent général de Areizagua, fut complètement battue par les 30000 Français du roi Joseph I° d’Espagne (le frère de Napoléon), menés par le Maréchal Soult. Sur près de 60000 Espagnols, seuls 15 à 20000 échappèrent et, comme d’habitude, se dispersèrent dans la Sierra Moréna en attendant de meilleurs jours... sauf que cette fois les Français les y poursuivirent, dispersant derechef les forces régulières restantes.

* C’est justement le thème d’“Ocaña 2017 à Lyon” que le KRAC mettra en oeuvre les 2 et 3 décembre 2017 dans son local associatif du 13bis rue Antoine Lumière à Lyon.

L’invasion de l’Andalousie suivit dans la foulée, et le Roi entreprit son “voyage andalou”.
Partout l’accueil fut chaleureux pour le cortège de 2000 personnes suivant le monarque, sauf à El Bosque, le 27 février 1810, que l’on trouva déserté par la population et ravagé par les Dragons français en représailles d’une embuscade qui avait coûté la vie à quatorze d’entre-eux. La nuit à la belle étoile fut loin de la réception escomptée, et si le lendemain à Ronda les choses reprirent une meilleure tournure, le coeur n’y était plus.

Venons plus particulièrement au cas de Gaucin. Début mars une force de cavalerie française, que les Espagnols chiffrent à 500 hommes, partie de Ronda en direction générale d’Algésiras par l’actuelle C.341 s’avançait à travers le sud de la Serrania de Ronda (littéralement zone montagneuse de Ronda). Or le Mariscal de Campo (Général de Division) Serrano Valdenebro, chargé par la Junte de défendre le secteur, avait établi son quartier général chez-lui, à Gaucin, d’où il préparait la reprise de Ronda.

Le chemin était difficile par nature, et encore plus pour de la cavalerie. Une première rencontre avec les guérillas et paysans armés espagnols eut lieu à Benadalid, une vingtaine de kilomètres avant Gaucin. Mais les Français parvinrent à sortir du village et à reprendre leur avance sur Gaucin où les attendait une deuxième “haie de bâtons”, qu’ils franchirent aussi sous le feu nourri dispensé des deux côtés du chemin et même depuis le vieux “Castillo del Aguila” (Château de l’Aigle). Une troisième épreuve du même genre les attendait à Jimena , dont la “partida” (bande d’insurgés), renforcée par celle de Casares, leur infligea assez de pertes pour les convaincre de faire demi-tour.

Entre-temps Valdenebro était parti pour Casares avec le gros de ses forces et, réuni à celles du Brigadier Gonzalez Peynado* et du colonel Valdivia, reprendra Ronda le 12 mars à la tête de 3000 paysans armés, avant d’en être chassé à son tour le 21 mars.
* Le dictionnaire des généraux espagnols crédite cette action à Gonzalez Peynado.

Mais du coup il ne restait que vingt hommes sous Antonio de Molina pour défendre Gaucin des cavaliers français qui y revenaient, ivres de rage... Et il eut mieux valu ne pas s’y défendre car c’était peine perdue et cela condamnait le village aux représailles qui suivirent inéluctablement comme en chaque circonstance similaire.

Une place forte qui ne se rend pas dès qu’existe une brèche praticable, où une ville ouverte qui se défend, s’exposent selon les lois de la guerre à un sac pur et simple. Par ailleurs, tout civil pris les armes à la main est massacré sur place où promis à l’exécution. Et, suivant un usage aussi général (et international) qu’inavouable, tout ce qui portait jupon avait de fortes chances d’être “la proie des soudards”.

Mais le héros décida de se battre quand même et ses hommes firent feu depuis les maisons avant de se faire forts dans le château d’où ils continuaient à tirer et où aucun Français n'alla les chercher. En revanche ces derniers, bien énervés on l’imagine, tuèrent tout les inconscients* qu’ils croisèrent, saccagèrent l’église San Sébastian et le couvent des Carmélites avant d’incendier le village dont 165 maisons furent la proie des flammes. Après quoi ils s’en allèrent tranquillement. Victoire espagnole donc, mais “victoire à la Pyhrrus” !

* En général, à l’approche des Français, tous les habitants s’enfuyaient en montagne.

Retour à la vidéo puisque c’est elle qui motiva la question. Nous ne critiquerons pas le “rendu”, difficile par essence, et limité aux bonnes volontés disponibles. C’est donc de l’infanterie française que l’on voit coller au mur et fusiller sur place une femme et un enfant, et les guérillas fusiller de même quatre prisonniers français en représailles, alors que la relation des événements inverse la charge... Si l’on peut dire, car ce serait aussi oublier que tout à commencé à Bayonne par l’abdication forcée du roi d’Espagne Carlos IV, à la suite des manoeuvres “diplomatiques” de Napoléon, conseillé par Talleyrand (qui s'en défendra plus tard).

Bibliographie

Alberto Martin-Lanuza Martinez, Diccionario Biografico del Generalato Español, Madrid, 2012.

Collectif Ed. Lunwerg, El viaje andaluz del rey José I, paz en la guerra, Madrid, 2011.

de Rocca Albert Jean Michel, In the Peninsula with a French Hussar, London, 1990.

Article web “La Asociacion Torrijos 1831 homenajea a Serrano Valdenebro en Gaucin”, 2009.
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