Haro sur le colonel Grouard...

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

Modérateur: MANÉ John-Alexandre

Haro sur le colonel Grouard...

Messagepar ROY-HENRY Bruno sur 01 Sep 2026, 16:46

Le colonel Grouard, stratège et auteur réputé en son temps, a émis une série de critiques sur l'action de Napoléon durant la 2ème campagne de Saxe. Qu'en pensez-vous ?

http://www.empereurperdu.com/forum/phpB ... =30&t=7842

Ps: Les liens ne sont pas toujours bien exploitables, sauf probablement pour ceux qui ont le navigateur dernier-cri. J'ai cherché à rendre tout le texte sur mon forum, mais le résultat n'est guère probant.
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Re: Haro sur le colonel Grouard...

Messagepar LE LAN Bernard sur 02 Sep 2026, 03:08

Le lien ne fonctionne pas... :(
:grin: :grin: :grin:
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Re: Haro sur le colonel Grouard...

Messagepar ROY-HENRY Bruno sur 02 Sep 2026, 07:37

Curieux... Chez moi, il fonctionne ! Ne comptez pas sur moi pour y remédier : je suis nul en informatique ! :oops:
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Re: Haro sur le colonel Grouard...

Messagepar MANÉ Diégo sur 02 Sep 2026, 08:17

Dans la série "Les mystères de l'informatique" j'informe Bernard Le Lan et Bruno Roy-Henry, qu'effectivement le lien ne fonctionne pas ce matin ... Mais aussi qu'il fonctionnait hier puisque j'ai pu le consulter ...

Planète Napoléon a rencontré des perturbations similaires en décembre et janvier passés et je compatis tout en espérant un prompt rétablissement au site de Bruno Roy-Henry.

J'ai pu donc constater, effectivement (bis), que le texte de Grouard y est déployé de manière ardue à lire.

Je l'ai recherché et trouvé de manière plus intelligible sur Google play au lien ci-dessous :

https://play.google.com/books/reader?id ... PP10&hl=fr

Nonobstant ce texte est trop long pour le temps dont je dispose actuellement et je me rabats sur la question de Bruno Roy-Henry qui le suivait et qui, de mémoire donc, disait ceci :

"Quelqu'un sait-il pourquoi Napoléon ne retraita pas sur Torgau après Wachau le 16 juin 1813, au lieu de le faire sur le Rhin ?"

Eh bien j'ai disserté sur la question dans le cadre d'un article publié dans la "Revue de l'Académie Napoléon" n°6 en 2013 pour le bicentenaire de la campagne et vous livre le passage pertinent :

"La journée du 17 octobre 1813, repos des troupes et hésitations du chef

Le 16 octobre à 9 heures du soir, ordre est donné à la Jeune Garde sous Mortier d’aller relever à Lindenau le IVe corps qui part de nuit pour Lützen et Weissenfels, les passages de la Saale… preuve que la retraite vers le Rhin est alors au moins envisagée.

Le 17 au matin, visitant le champ de bataille, à Gossa, Napoléon dit à Murat : « Il ne faut pas s’abuser, il s’agit de songer à la retraite. »

... / ...

De retour sur le Thonberg, dans sa tente, il répète à Berthier, Ney, Daru, qu « il faut battre en retraite » … mais ne s’y décide pas, et la journée se passe, se perd…

Au soir, resté seul avec Caulaincourt, sursaut d’énergie, il veut reprendre la manœuvre de Düben, gagner Torgau, y franchir l’Elbe, prendre Berlin, débloquer les places assiégées… L’information filtre vite, et les mines de l’entourage et des « grosses épaulettes » de passage, qui ne rêvent que du retour en France, s’allongent …

Enfin, de guerre lasse (c’est le cas de le dire) à 1 heure du matin le 18, vaincu par les siens avant de l’être par l’ennemi, Napoléon renonce et se résigne. Ordre aux troupes de rapprocher leurs lignes de Leipzig… Il s’agit désormais de gagner pour la retraite les vingt-quatre heures perdues la veille, en espérant que l’ennemi n’attaque ni trop fort ni surtout trop vite, sinon il ne restera plus qu’à vaincre ou mourir… à un contre deux, presque trois par endroits !

Cette fois ça y est, doivent se dire les attachés militaires britanniques, Stewart, Wilson et autres, présents aux armées alliées. La victoire de l’Angleterre, et accessoirement de ses « mercenaires », les souverains de l’Europe qu’elle paye depuis vingt ans, est sur le point de s’accomplir. La défaite de la Révolution française, dont l’Empire n’est pour eux qu’un prolongement personnifié par « Boney » (Bonaparte), ce « Robespierre à cheval », est en vue.

Mais bon, il faut encore la concrétiser car le grand homme a lui-même dit, en substance :
« Rien n’est perdu tant qu’il me reste la chance d’une bataille »."

Nous connaissons la suite, mais voici encore un autre passage, suggéré par l'analogie de la situation rencontrée en 1814 lorsque Napoléon, pour la même raison, l'hostilité de son entourage, renonce à sa "manoeuvre sur les derrières" qui aurait tout sauvé. J'en cite la partie faisant référence à notre question sur 1813 (in Revue de l'Académie Napoléon n° 8) :

Aparté (quoique) : je constate une fois de plus que le chiffre huit se traduit souvent par un smiley que je ne parviens pas à ôter. Donc, quand vous voyez un smiley (que je ne sais pas poser) dans un de mes textes, sachez que j'ai voulu écrire le chiffre huit ! Encore un mystère de l'informatique !

"On ne peut trouver d'explication à ce revirement, si peu conforme à son haut sens tactique, que dans l'attitude négative de son entourage militaire, qui se montra en la circonstance encore plus bas d'âme qu'il ne s'était déjà montré à Leipzig lorsqu'il fit renoncer le Maître des batailles à la plus belle de toutes ses manoeuvres, qui en le menant victorieux sur l'Elbe au lieu de vaincu sur le Rhin aurait changé la face des affaires et du monde. Tous ces nantis du régime qui, en 1813, le firent trébucher dans leur hâte de rentrer en France, le firent en 1814 chuter pour le compte dans leur impatience de rentrer retrouver leurs biens à Paris, la ville fut-elle aux mains de l'ennemi.

Et le 27 mars 1814, à Doulevent, en cédant à ses proches, contre lesquels il est las de lutter en plus de l'ennemi, Napoléon perd la campagne de France, comme il perdit le 17 octobre 1813 celle d'Allemagne. Nous soulignons ces deux dates car personne ne l'a fait à notre connaissance, sans doute parce-qu'elles imputent la défaite de Napoléon à des Français avant de l'imputer à des ennemis."

Ajoutons pour (en) finir, que ce sont ces mêmes "grosses épaulettes" qui le pousseront, voire forceront, à abdiquer ... sans oublier toutefois que ces incompétents et en outre ingrats, c'est lui qui les avait nommés, ce qui restera la plus lourde de toutes ses fautes puisqu'elle lui coûtera son trône.

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Re: Haro sur le colonel Grouard...

Messagepar BRULOIS Jacques sur 02 Sep 2026, 08:26

Salut à Toutes et à Tous.
Chez moi le lien fonctionne bien.
Comme l'ami Diégo, j'ai constaté qu'effectivement le texte de Grouard n'est agréable à lire.
Le lien posté par Diégo est plus "digeste". 8)
Bonne journée et à plus tard.
Jacques.
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Re: Haro sur le colonel Grouard...

Messagepar ROY-HENRY Bruno sur 02 Sep 2026, 19:34

Merci pour le lien posé par Diego. J'ai apprécié la réflexion sur la manoeuvre par Torgau. Mais n'oublions pas la trahison bavaroise qui rebat les cartes... Je partage évidemment l'appréciation sur les "grosses épaulettes". Cependant, je ne suis pas certain du succès de la manoeuvre sur les arrières des coalisés en mars 1814. Paris pris, le coeur de l'empire était touché à mort.
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Re: Haro sur le colonel Grouard...

Messagepar ROY-HENRY Bruno sur 03 Sep 2026, 11:06

Je donne cet extrait, des pages 58 à 59, qui me semble les plus marquées, dans les commentaires de Grouard, ceci pour inciter encore (s'il en était besoin) les lecteurs à s'y référer davantage :

Grouard a écrit:Nous pensons qu'il en est autrement de la défaite de Grossbeeren, et qu'elle était implicitement comprise dans les instructions qu'Oudinot avait reçues.

Ce n'est pas que l'idée d'une offensive sur Berlin fût absolument mauvaise en elle-même ; si Napoléon tenait vraiment à rentrer au plus vite dans la capitale de la Prusse, il pouvait y conduire lui-même une armée considérable ; mais alors il fallait être
prêt à céder le terrain sur les autres parties du théâtre des opérations . Il est permis de s'étonner que Napoléon n'ait pas été convaincu que, disposant en somme de forces notablement inférieures à ses adversaires, il ne devait pas prendre l'offensive partout à la fois. Il ne pouvait arriver à les vaincre qu'à la condition de se porter successivement contre leurs armées séparées.
58
On ne peut être fort partout en même temps. Or Napoléon tenant à avoir sous la main sa masse centrale pour la porter soit contre l'armée de Silésie,soit contre celle de Bohême, Oudinot ne devait avoir que des forces insuffisantes et, par suite, l'offensive devait lui être interdite. Nous pensons donc que Napoléon est vraiment responsable de la défaite de Grossbeeren, d'autant plus qu'en dehors des raisons que nous venons d'en donner, l'offensive une fois résolue aurait pu être combinée dans des conditions beau- coup plus avantageuses, à la condition d'être seulement retardée.

Comme on l'a vu ,Napoléon voulait en effet y faire participer la division Girard et le corps de Davout venant de Magdebourg et de Hambourg. Or,il n'est pas possible de porter son attention sur les dispositions arrêtées par Napoléon pour la marche con-
centrique sur Berlin, d'Oudinot, de Girard et de Davout, sans être confondu. Croirait-on que l'homme qui a prescrit ces mouvements est celui qui a écrit qu'une armée ne doit avoir qu'une ligne d'opérations; que c'est unprincipe qui n'admet pas d'exception,que toute jonction de corps d'armée doit s'exécuter loin de l'ennemi et non pas en sa présence; que c'est lui aussi qui a tant critiqué les généraux français de la guerre de Sept ans,les invasions de la Bohême de Frédéric, les opérations de Jourdan et de Moreau en Allemagne en 1796, et celles de Wurmser et d'Alvinzi à la même époque , enfin celles des généraux français en 1799 qui ont amené les défaites de la Trebbia de Novi et de Genola, pour avoir violé ces préceptes 1?
N'est-il pas manifeste que ce qu'il reprochait à ces divers généraux, il venait de le faire lui-même,et,malheureusement pour nous, ce devait être l'occasion d'une nouvelle confirmation des principes auxquels il semblait tant tenir.
Et, d'ailleurs, il faut reconnaître que rien ne l'obligeait à s'en écarter,et qu'au contraire il était très simple de s'y conformer. Pour cela il convenait de prescrire à Oudinot de rester d'abord dans l'expectative,de manoeuvrer en présence de l'ennemi pour l'occuper, mais en évitant la bataille et sans se compromettre, pendant que, d'une part, Napoléon lui-même opérait soit contre l'armée de Silésie,soit contre celle de Bohême,et que, d'autre part, Davout se rapprochait de l'Elbe moyen en remontant ce fleuve. A cet effet ce maréchal pouvait marcher avec toutes ses troupes par la rive droite jusqu'à Schwerin pour attirer l'attention de l'ennemi, puis passer brusquement le fleuve avec les deux tiers de ses troupes, en ne laissant en avant de Hambourg que les forces strictement nécessaires à la défense de cette place qui, à ce moment,ne pouvait être menacée par des forces considérables. Avec le gros de ses forces, il aurait remonté l'Elbe par la rive gauche jusqu'à Magdebourg, rallié la division Girard et ensuite marché au-devant d'Oudinot qui, pendant les jours précédents, aurait manœuvré de manière à attirer l'attention de l'ennemi du côté opposé. Une fois la jonction faite,l'armée française du Nord,forte de près de 100,000 hommes ,avec un chef comme Davout, pouvait rechercher la bataille, car elle avait de grandes chances de la gagner,même sans que Napoléon ait amené lui-même quelque renfort.

Nous trouvons donc que, siNapoléon n'est pour rien dans la défaite de la Katzbach, c'est sur lui que doit retomber la responsabilité de celle de Grossbeeren. Dans le fait, les prévisions pessimistes de Marmont s'étaient réalisées. Pendant que Napoléon avait gagné une grande bataille, ses lieutenants en avaient perdu deux. Mais nous pensons qu'on aurait bien tort d'en conclure que le système d'opérations par lignes intérieures est défectueux en lui-même ; seulement il exige certaines conditions auxquelles Napoléon n'a pas satisfait. Il a pris l'offensive sur plusieurs points, tandis qu'en opérant en lignes intérieures, on ne doit attaquer que sur un seul point à chaque moment. Il fautremarquer d'ailleurs qu'en ce qui concerne les opérations particulières d'Oudinot combinées avec celles de Girard et de Davout, ce n'étaient pas les Français qui avaient les lignes intérieures, mais leurs adversaires,et cela fut une des causes de succès de ces derniers,en permettant à Bernadotte, après avoir battu Oudinot, de se rejeter sur Girard avec des forces supérieures. Aussi, malgré les tristes résultats obtenus, nous prétendons que Napoléon avait toutes les chances pour lui, s'il avait mieux appliqué ses propres principes et que Macdonald n'eût pas commis de si grosses fautes.
59 -
Qu'on suppose en effet l'Empereur prescrivant à Oudinot l'expectative, et appelant Davout sur Magdebourg, pendant que lui-même opérait en Silésie, et ensuite Macdonald appréciant mieux son rôle et évitant de se diviser, pendant que Napoléon
revenait sur Dresde, il n'en fallait pas davantage pour éviter Grossbeeren et la Katzbach .

Dès lors, le système des lignes intérieures portait tous ses fruits, et s'il en a été autrement ce n'est pas parce que les principes étaient mauvais , mais parce que l'exécution a été défectueuse. Au surplus, on peut encore remarquer que les critiques que Marmont adressait aux dispositions générales de Napoléon reposaient non pas sur la valeur des principes, mais sur celle des hommes chargés de jouer un rôle capital dans leur application. Et, à ce point de vue, il faut convenir que le duc de Raguse avait raison, car Oudinot n'était pas plus capable que Macdonald de commander une grande armée. Jomini, discutant la même situation a soutenu de son côté qu'il avait manqué à Napoléon deux hommes capables d'opérer loin de lui. Mais cette observation ne nous semble pas exacte, car, ces deux hommes, Napoléon les avait ; c'étaient Davout et Saint-Cyr; seulement iln'a pas su les mettre à leur place.
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Re: Haro sur le colonel Grouard...

Messagepar ROY-HENRY Bruno sur 04 Sep 2026, 08:18

Le seul argument qui a été opposé à Grouard, c'est que les lieutenants de Napoléon lui avaient désobéi, ce qui a entraîné les désastres que l'on sait (Gross-Beeren, La Katzbach, Kulm, Dennewitz). Sans vouloir examiner chacune de ces défaites, on peut souligner que c'est exact, en ce qui concerne Mac-Donald et la Katzbach. Il a outrepassé ses consignes, et cela demeure une énigme pour ce qui est de ses motivations. Par contre, je n'ai jamais lu en quoi Oudinot aurait désobéi. Il a suivi la feuille de route qui lui était imposée et il s'est seulement montré maladroit le 23 août à Gross-Beeren. Il n'était pas très judicieux de composer son centre du seul 7ème corps de Reynier, qui comprenait 2/3 de Saxons, et de se placer à sa droite à 2 lieues. Certains, à juste titre, ont relevé que Dombrowski n'a pas suivi les ordres de l'Empereur qui lui ordonnait de marcher derrière Oudinot. D'autres encore, ont souligné que Davout avait fait preuve de pusillanimité et s'était plutôt éloigné du théâtre principal en stationnant sans profit aucun à Schwerin, du 23 août au 2 septembre 1813. Mais, ces marches concentriques étaient bel et bien contraires aux maximes de guerre exprimées par Napoléon lui-même...
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Re: Haro sur le colonel Grouard...

Messagepar MANÉ Diégo sur 04 Sep 2026, 10:12

J'ai ouvert un nouveau post, intitulé "1814 - Napoléon et la manoeuvre sur les derrières" car le sujet le mérite, mais s'écarte résolument du débat sur les opinions du colonel Grouard.

viewtopic.php?f=1&t=2584&p=17996&sid=709cd60e720ed674a52389fbdd4f48e6#p17996

Je reviendrai ici pour démonter, au moins en partie, les susdites opinions concernant la responsabilité, selon le colonel, des uns et des autres, à qui il attribue bons et mauvais points comme le professeur (de stratégie) qu'il n'était pas. Mais, c'est bien connu, "après la bataille, tout le monde est stratège" !

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Re: Haro sur le colonel Grouard...

Messagepar ROY-HENRY Bruno sur 09 Sep 2026, 08:47

Diego a mis en doute les qualités de stratège du colonel Grouard et a qualifié ses positions "d'opinions". Cela peut se discuter, sans aucun doute.

Voici un texte pour mieux le connaître, du colonel Meyer (qui fut un des maîtres à penser du capitaine de Gaulle) lui rendant hommage :

https://www.persee.fr/doc/rhmc_0996-272 ... _4_22_3558

Bonne lecture.
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Re: Haro sur le colonel Grouard...

Messagepar MANÉ Diégo sur 11 Sep 2026, 11:06

DM => BRH, le 11/09/2026

Suite au message présentant l’hommage du LCL Meyer au colonel Grouard.

Je n’ai actuellement pas le temps de lire le colonel Grouard, et encore moins celui de lire le long hommage que lui dédia le LCL Meyer.

Mais vu la date dudit hommage, 1929, qui coïncide avec celle du décès du Colonel, je suppose qu’il s’agit d’un hommage posthume, or il est de règle pratiquement courante de ne trouver que des qualités au disparu, surtout lorsque l'hommage émane d’un « disciple » qui se fait ainsi valoir.

Or donc, en attendant d’avoir le temps, que je trouverai, de répondre aux « opinions » du colonel Grouard sur 1813, je me permets, ayant en revanche pu apprécier celles qu’il a données, voire pontifiées, sur 1815, petit écart de deux ans, d’en citer une que j’ai pu « démonter », étant il est vrai à ma connaissance seul à l’avoir fait, dont acte :

Page 163 de « La critique de la campagne de 1815 » par A. Grouard, Paris, 1905 :

Dissertant sur la désastreuse formation prise par le corps d’Erlon à Waterloo :

« On ne peut s’expliquer qu’une pareille formation ait été prise par des gens qui faisaient la guerre depuis vingt ans ; Napoléon ne saurait en être responsable, il n’était pas dans son rôle d’entrer dans le détail des formations tactiques. »

C’est moi qui ai porté en gras l’affirmation essentielle du Colonel car elle est fausse et je l’ai prouvé. C’est bien l’Empereur qui a imposé ce « détail tactique » rédhibitoire et mortifère qui a provoqué l’échec de l’attaque et la perte de la bataille car dès lors, malgré sa continuation, elle était déjà perdue !

Donc nous avons bien là une opinion du colonel Grouard, certes partagée par tout le sérail des grands auteurs universitaires et incontournables qui se sont trompés et ont trompé leurs lecteurs pendant plus de deux siècles.

Mais le fait reste intangible, leurs certitudes étaient basées sur des opinions, rien de plus, or donc en matière d’Histoire il ne faut pas raconter d’histoires, il faut se baser sur des faits, ce qu’en l’occurrence particulière n’ont fait ni Grouard ni les susdits grands auteurs.

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Re: Haro sur le colonel Grouard...

Messagepar ROY-HENRY Bruno sur 13 Sep 2026, 12:55

Bonjour Diégo,

Je suis vraiment intéressé par cette preuve concernant l'ordre émanant de Napoléon pour les formations d'attaque du 1er corps d'Erlon. Beaucoup d'auteurs ont pensé, en effet, que cet ordre ne pouvait émaner que de lui... Mais ils ont tous été incapables d'en attester par un document ou un témoignage. J'ai moi-même fait des recherches autrefois et j'en ai débattues avec Bernard Coppens. Celui-ci était persuadé que Napoléon était bien à l'origine de cet ordre, mais il fut incapable de le prouver et son décès prématuré n'a rien arrangé : la polémique entre nous s'éteignant faute de participants. Merci de m'indiquer le lien exact où l'on trouve cette preuve. :wink:
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Re: Haro sur le colonel Grouard...

Messagepar MANÉ Diégo sur 14 Sep 2026, 20:31

Planète Napoléon rencontre de nouvelles perturbations qui rendent certains articles inaccessibles par les liens internes du site ... Alors que, c'est un monde, les mêmes articles demeurent accessibles si on les demande depuis un site américain.

On pense au sketch immortel de Fernand Raynaud "Le 22 à Asnières" (les moins de 75 ans ne peuvent pas comprendre !).

Bref, allez sur le site américain de Stephen Beckett et vous y trouverez mon article sur "Le journal du 1er corps" dont le lien est actuellement inopérant sur Planète Napoléon.

viewtopic.php?f=1&t=2505&p=17736&hilit=Erlon&sid=e3f5e8e0e33e6978e8d779fc87094c87#p17736

https://www.mapleflowerhouse.com/commen ... rps-diary/

Le deuxième § et mon commentaire relatif répondent à la demande de Bruno Roy-Henry.

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Re: Haro sur le colonel Grouard...

Messagepar ROY-HENRY Bruno sur 14 Sep 2026, 22:22

Malheureusement, je n'ai pas trouvé le renseignement demandé... Je suis sans-doute malhabile. Peut-être serait-il bon d'indiquer la date du message important ? Ou, plus simplement, de nous donner un copié-collé ? Désolé de ne pas être plus malin !
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Re: Haro sur le colonel Grouard...

Messagepar MANÉ Diégo sur 15 Sep 2026, 10:53

Bon, tout cela n'a guère de rapport avec le colonel Grouard, mais est beaucoup plus sérieux.
J'aurai bien renvoyé directement à mes posts et articles sur 1815, mais à l'évidence il existe actuellement des problèmes avec les liens déposés sur Planète Napoléon, dont Bruno Roy-Henry n'est pas plus responsable que moi.

Mais si à l'impossible nul n'est tenu, il reste toujours possible de ruser la machine en changeant l'épaule de fusil. Voici donc le texte concerné copié-collé ci-dessous :

--------------

Journal de campagne du Ier Corps, du 12 au 18 juin 1815
(in «Operations of the Armee du Nord: 1815» de Stephen Beckett, pages I-447-452)
(Compilation d’après l’original, et commentaires par Diégo Mané, sept.-nov. 2019)

Extrait ... / ... Le 18 juin 1815

À la pointe du jour, le Comte d’Erlon reconnut la position de l’ennemi ; tout annonçait qu’il voulait la défendre ; vers les huit heures un officier de l’Empereur apporta l’ordre de mettre les colonnes en mouvement pour suivre l’ennemi qui, d’après les rapports se retirait, disait-on, par la route de Bruxelles. Le Comte d’Erlon envoya de suite son chef d’état-major pour faire connaître que les rapports étaient inexacts et que loin d’abandonner sa position l’ennemi la rectifiait, et faisait ses dispositions pour la défendre ; l’Empereur ordonna de suspendre le mouvement (1), de faire rentrer les troupes dans leur camp, de faire manger la soupe et de faire nettoyer les armes qui étaient dans le plus mauvais état à cause de la pluie de la nuit. Les avant-postes arrêtèrent un paysan (le propriétaire de la maison dite La Bonne Alliance) qui ayant servi de guide pendant la nuit à une colonne prussienne qui s’était dirigée sur Wavre était parvenu à s’échapper, et annonçait qu’il y avait beaucoup de troupes prussiennes à Wavre et que toute l’armée anglaise était devant nous et voulait s’y défendre.

1) Donc jusqu’à ce moment Napoléon n’avait pas envisagé de livrer bataille le jour-même !

----------------

Vers 11 heures L’Empereur vint reconnaître la position ; il laissa son Etat-Major et sa suite en arrière de la Bonne Alliance et se porta avec le Comte d’Erlon, le Comte Bertrand, le Prince de la Moskowa et quelques officiers seulement, sur la ligne de nos vedettes, à droite et tout près de la grande route ; il ordonna au Comte d’Erlon de faire ses dispositions pour attaquer l’ennemi par la gauche (2), de former à cet effet chacune de ses divisions en Colonne par Bataillon (3) et de les faire marcher en échelon, en dirigeant celui de droite de manière à attaquer la gauche de l’ennemi vers Smohain, en ayant soin de masquer aussi longtemps qu’il serait possible le mouvement ; la division de cavalerie légère du général Subervie fut jointe à celle du général Jacquinot ; ces deux divisions se portèrent sur la droite, trois pièces d’artillerie légère avec elles et un bataillon d’infanterie pour observer et reconnaître le terrain entre Frichermont et l’Abbaye d’Aywiers, ce premier endroit était occupé par de l’artillerie légère aussi (4).

2) Comprendre «par sa gauche... vers Smohain» comme le précisera le texte plus loin.
Ajout du 15/09/2026 : en regardant à nouveau l'original c'est bien sa gauche qu'il faut lire.

3) Voici reconnue sans aucune espèce d’ambiguïté la paternité impériale de la formation vicieuse qui conduisit au désastre de l’attaque du Corps d’Erlon. Il manque ici pour river le clou auprès des néophytes le terme «déployé» après celui de bataillon, mais il se trouve confirmé par bien d’autres témoignages, et d’ailleurs, pour ceux qui sont coutumiers de la terminologie militaire de l’époque, la «colonne par bataillon» ne peut que succéder à la «colonne par division» qui suit elle-même la «colonne par compagnie», etc..., cette dernière étant formée sur trois rangs d’hommes de «profondeur». Le terme qui suit celui de «par» détermine le front de la formation ainsi désignée donc ici un bataillon déployé en ligne.

4) Le fait que malgré les effectifs pléthoriques de l’artillerie on ait scindé une batterie légère (artillerie à cheval) en deux «divisions» de 3 pièces, plaide pour qu’il n’y ait alors à cet endroit qu’une seule batterie disponible, probablement celle de Domon car celle de Subervie arrivera plus tard, si l’on en croit un message de Pajol qui l’avait «retenue». En effet, il ne peut non plus s’agir de celle de Jacquinot, que le récit du GB Dessales (commandant l’artillerie du 1er Corps) inclut expressément dans la Grande batterie.

-----------------

D’après cette disposition primitive pendant que tout le 1er Corps se portait sur la gauche de l’ennemi, le 2e Corps devait se former sur la grande route afin de l’attaquer sur son centre aussitôt que les troupes du 1er Corps seraient parvenues à enlever la position de sa droite (5). Toutes les dispositions étaient faites et le mouvement allait commencer quand le Maréchal prince de la Moskowa vint dire au Comte d’Erlon que d’après de nouvelles dispositions, son attaque au lieu de s’exécuter sur la gauche de l’ennemi devait s’opérer sur son centre (6) ; que les divisions marcheraient dans l’ordre de colonne déjà indiqué, mais que l’échelon de gauche qui serait celui de direction se porterait sur la ferme de la Haye Sainte, située sur la grande route, que 80 bouches à feu soutiendraient notre attaque (7) et que celle du 2e Corps aurait lieu sur la droite de l’ennemi.

Ajout du 15/09/2026 : un détail qui m'avait échappé en 2019 et qui vient de me sauter aux yeux ; la ferme de la Haye Sainte est clairement désignée comme objectif, ce qui fait bonne justice d'une autre polémique bi-séculaire disant que Napoléon confondit les fermes de la Haye Sainte et de Mont-Saint-Jean, et que cela aurait été une des causes de, restons modérés, l'insuccès de ses dispositions. L'imagination en même temps que l'incompétence crasse des "polémistes" est sans limites !

5) Comprendre «sa gauche», ou bien alors «la droite» sinon cela ne tient pas debout.
Ajout du 15/09/2026 : pareil que plus haut : l'écriture manuelle du rédacteur de ce journal est propice à confondre sa et la dans son texte.

6) C’est clair, mais c’est dommage ! En effet, le premier ordre était bien meilleur qui fixait pour objectif le point faible de l’ennemi, sa gauche, plutôt que le plus fort, son centre ou put intervenir massivement sa cavalerie lourde. Mais bon, on ne peut que se demander pourquoi... Peut-être déjà une incidence de la résistance inattendue à gauche, du fait de Hougoumont dont l’Empereur ignorait l’existence... et se rappeler le proverbe qui dit qu’ «après la bataille tout le monde est stratège».

7) Voici de nouveau cité le chiffre de «80 bouches à feu», que tous les auteurs, moi y-compris, ont eu à coeur de faire cadrer en y comptant telles ou telles batteries, sans jamais parvenir à l’unanimité. Mais ledit chiffre est-il autre chose qu’un «chiffre-choc» comme le fut celui de «la batterie de cent canons de Wagram», qui n’en eut jamais cent, mais bien moins à l’origine et bien plus à la fin ? Considérer aussi le fait que Napoléon put parfaitement «donner» à Dessales 80 pièces, mais qui ne furent pas toutes disponibles dès le principe et se trouvaient encore en processus de rassemblement lors de la charge.
Ajout du 15/09/2026 : Ceux qui ont lu mes écrits postérieurs sur l'Artillerie française à Waterloo savent que j'ai trouvé (oui, là aussi) la composition détaillée de la première grande batterie, effectivement de 80 pièces, ni plus, ni moins, exactement. Comme quoi Napoleon savait compter.

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Le Comte d’Erlon s’empressa d’exécuter les changement qu’apportaient ces nouvelles dispositions dans celles déjà prises ; il forma les colonnes sur le versant du mamelon à droite de la Bonne Alliance (8). La colonne de gauche formant le premier échelon était composée de la 1° Division, venaient ensuite la 3° Division, la 2° et la 4° (9). Le bataillon qui avait été détaché avec la cavalerie fut rappelé et celle-ci eut l’ordre de se rapprocher, de se tenir sur la droite et à hauteur de l’infanterie et de suivre son mouvement (10), 80 bouches à feu, dont 36 pièces de douze commandées par le major Chaudon (11), furent mises sous les ordres du général Dessales Commandant l’artillerie du Ier Corps (12), qui les établit sur une seule ligne, sur le sommet du mamelon derrière lequel s’était formée l’infanterie, à peu près sur le chemin qui va de la Belle Alliance à Ohain (13). Comme cette ligne d’artillerie était très longue et dépassait de beaucoup l’espace occupé par les colonnes d’infanterie, un régiment de la 4e Division fut envoyé sur l’extrême droite pour couvrir l’artillerie et la défendre de ce qui aurait pu venir par le prolongement du mamelon qui va vers Smohain (14).

8) On lit alternativement «Bonne Alliance» et «Belle Alliance». Il s’agit manifestement de la même chose, donc «belle et bonne» à la fois !
Ajout du 15/09/2026 : nouvel exemple ci-dessus des facéties de ma très malicieuse machine, qui s'évertue à disposer un smiley (que je ne sais pas poser) en lieu et place du chiffre huit !

9) Voici encore un point important dévoilé par le Journal, et passé inaperçu depuis deux siècles, avec le dommage collatéral de plans tous faux, donnant l’ordre «naturel» 1-2-3-4, et qui rendent au passage incompréhensibles la plupart des relations. Même le brave Durutte s’y est trompé. Sa division (la 4e), partie de l’extrême gauche (la position de Piré !), et cherchée en vain pendant plus d’une heure par un aide de camp à qui on n’avait pas dit où elle se trouvait, et qui ne la chercha pas là, arriva bonne dernière en position alors que les artilleries échangeaient déjà leurs boulets. Et là, tout naturellement, lui aussi, il chercha des yeux la 3e Division, qu’il pensait devoir être sa voisine... et ne vit pas (car elle était plus loin que la 2e)... Mais vit bien la 2e Division (sa voisine de fait), entourée par la cavalerie ennemie. CQFD !

10) Soit cet ordre ne fut pas donné, soit il ne parvint pas à temps à son destinataire. De son côté Durutte demanda bien à Jacquinot de le flanquer (comme quoi il n’y avait pas que des inconscients dans l’armée), mais quelle qu’en soit la raison ce dernier ne le fit pas, et trois régiments d’infanterie de la 4e Division sur quatre furent par suite malmenés par la brigade de cavalerie légère anglaise de Vandeleur.

11) Ce renvoi déjà parce-qu’il nomme le major Chaudon (et non Chandon) au commandement des «36 pièces de 12», officier que le général Dessales ne nomme pas, mais que certains auteurs croient, donc à tort, être le major Bobillier (lieutenant-colonel selon l’appellation royale restée en vigueur en 1815).

Ensuite parce-qu’il soulève une nouvelle question. «36 pièces de 12», multiple de 6, alors que les batteries comptent chacune 8 pièces dont 2 obusiers, supposerait, quand bien même on les ait soustraits, que ce sont six batteries de 12 alors que l’on ne parle toujours, au début, que de celles des trois corps d’infanterie de la ligne. Les recherches relatives m’ont mené si loin que les réponses forment à elles seules le fond d’un autre article dédié spécialement à l’artillerie française à Waterloo, dont la «Grande batterie de 80 bouches à feu».

12) Le général Dessales dit n’avoir en réalité disposé que de 54 pièces, soit les 24 de 12 de la ligne et «les 30 de 6 du 1er Corps». Il ne compte donc pas la batterie de 8 pièces de 6 à pied de Durutte qui n’était pas en ligne avec les autres mais en fait en avant, et sera sabrée séparément sur une hauteur où son général la déploya. En revanche il comprend la batterie à cheval de Jacquinot, dont les 6 pièces, déployée à l’extrême droite de sa ligne de feu, permettent seules d’arriver au sous-total de «30 de 6».

13) La position indiquée par le Journal du 1er Corps, comme par le récit de Dessales, met également fin à une polémique bi-centenaire, nourrie par le fait qu’il y eut deux positions successives. Donc pas l’une ou l’autre, mais bien l’une pour toute la grande batterie, puis l’autre pour une partie des pièces, et même une troisième, de circonstance malheureuse, pour celles qui se firent sabrer en marche entre les deux. Le fait que la première position se soit avérée «trop loin» pour tirer efficacement, puis que la seconde se soit avérée «trop près» de la «sortie de cavalerie» de l’ennemi, fait partie intégrante du désastre.

14) Selon un témoin présent (Cne Chapuis), ce n’est pas sur ordre, car aucun général ne semble y avoir pensé, mais de sa propre initiative que le colonel* Masson du 85e de ligne le porta et maintint en soutien de 12 pièces (probablement d’artillerie à cheval et relevant donc de deux batteries) déployées «en l’air» en fin de la ligne d’artillerie, et dont il permit le repli intactes au lieu d’être sabrées comme les autres, ce qui leur permettra de revenir. Le général Brue avait ensuite rejoint le 85e et désobéi aux deux ordres de Durutte de rejoindre la division, dont en revanche les trois autres régiments, mis en désordre par la cavalerie britannique, purent se rallier derrière le carré du 85e. Seul à désobéir, seul à s’en sortir !
* «L’armée (du Nord) est excellente jusqu’au grade de colonel» écrivit Lachouque dans «Le secret de Waterloo», ce qui donne à penser que selon lui l’excellence ne caractérisait pas la plupart des généraux.

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À une heure et demie L’Empereur qui se tenait près de la Belle Alliance, envoya l’ordre d’attaquer. Les 80 bouches à feu commencèrent à jouer. Les colonnes se mirent aussitôt en marche. Les troupes abordèrent la position ennemie sans aucune hésitation ; l’artillerie suivait le mouvement des colonnes (15) ; la première colonne s’appuya à la grande route et, ayant trouvé la ferme de la Haye Sainte crénelée, fortement occupée, et le chemin qui forme défilé en cet endroit garni d’abattis, elle se divisa, de sorte qu’une brigade monta sur la position dessus à gauche de la chaussée et l’autre sur la droite ; la seconde colonne s’engageait et était déjà parvenue sur la position ; dans ce moment, une charge ayant eu lieu sur les troupes de la 1ère Division, elle firent une grande perte, et furent ramenées en désordre ; la cavalerie ennemie étant descendue près de la ferme de la Haye Sainte, longea le pied de la position et vint prendre la 3° Division en flanc et en queue (16) tandis qu’elle combattait déjà sur la position ennemie, ce qui força cette division à se rejeter sur la 2° qui se forma aussitôt en carré et reçut une charge très vive de la cavalerie anglaise qui ne put l’entamer (17) ; une autre masse de la cavalerie venue de la gauche de l’ennemi chargea la 4° Division qui maintint également les carrés qu’elle avait formés (18).

15) Le récit de Dessales indique que les réserves de 12 de la ligne se portèrent de la sorte en avant sans qu’il l’ait ordonné, lui forçant ainsi la main. Il décida alors de les faire suivre par les pièces de 6 dont au moins une partie sera surprise en déplacement. Une autre lecture indique bien que la batterie de 12 du 6e Corps et une batterie divisionnaire du 1er Corps furent sabrées attelées entre les deux positions.
Un tableau de Henri Dufrey, qui m’a longtemps laissé perplexe, s’explique désormais. Il représente une batterie divisionnaire d’artillerie à pied française traversée «à rebrousse poils» par les Scots Greys. Les canons sont dételés et tournent le dos à la charge. Je comprends maintenant que les convoyeurs de cette batterie, chargés alors qu’ils se dirigeaient sans soutien aucun vers la position ennemie, ont coupé leurs traits pour s’enfuir plus vite sur leurs attelages, abandonnant à leur triste sort les artilleurs et leurs pièces.

16) C’est donc bien la 3e Division Marcognet (et non la 2e Division Donzelot) qui est surprise de la sorte et taillée en pièces, perdant l’Aigle du 45e de ligne, tandis qu’à sa gauche la Brigade Bourgeois de la 1ère Division Quiot subit le même sort et perd l’Aigle du 105e de ligne.

17) La 2e Division Donzelot, dont l’échelon était par construction en arrière et à droite de celui formé par la 3e Division, n’avait pas encore atteint le chemin d’Ohain et, par conséquent, se trouvait en rapport moins désorganisée. C’est pourquoi elle put faire meilleure contenance. Non pas former le carré creux réglementaire, ce qui lui était tout aussi impossible qu’aux autres, mais sans doute former une sorte de carré plein, qui put en imposer assez aux cavaliers britanniques*, par ailleurs eux-mêmes désorganisés par leur victoire même, les encourageant à chercher des cibles plus faciles, ce qui scella le sort de la Grande batterie. «The guns, charge the guns», aurait alors crié un chef des Scots Greys.
* Selon un texte britannique, c’est une balle de fusil d’infanterie tirée de ce «carré» qui tua net le général Ponsonby, atteint mortellement dans le cou, et non «les sept lanciers» de la légende, qui cependant le plantèrent bien au passage, mais déjà couché mort face dans la boue, comme l’attestèrent aussi les marques dans le sol des sept coups de lances dans le dos (d’où «les sept lanciers») l’ayant traversé.

18) Il n’y eut qu’un seul carré de la 4e Division, un vrai celui-là, creux comme il se doit, et formé sur deux rangs seulement pour cause de sous-effectif. C’était celui du 85e de ligne. Les trois autres régiments de la 4e Division furent mis en désordre avec perte de 600 h.

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Ces deux colonnes de cavalerie ayant échoué sur nos carrés se portèrent sur notre nombreuse artillerie et lui firent le plus grand mal, hommes et chevaux furent tués ou dispersés (19), mais au même instant les cuirassiers du général Milhaud qui étaient formés près de la grande route vers la Belle Alliance, et la Division Jacquinot qui était sur notre droite, chargèrent la cavalerie anglaise - avec une telle impétuosité que fort peu de son monde put regagner la position et que le terrain fut jonché d’hommes et de chevaux ; les 3e et 4e lanciers se distinguèrent particulièrement (20).

19) C’est passer un peu vite sur un épisode dramatique côté français et sur un fait d’armes exceptionnel côté anglais. En effet, les annales peinent à trouver une charge de cavalerie ayant de la sorte dispersé 8000 fantassins et dans la foulée réduit au moins 48 pièces au silence définitif, un vrai coup d’assommoir... Et 12 de plus auraient pu subir le même sort sans l’initiative heureuse du colonel Masson.
Le récit du général Dessales confirme, avec plus de détail, qu’il ne lui resta que la batterie de 12 du 1er Corps. Tout le reste, canonniers et attelages, sabrés ou en fuite, fut mis hors de combat pour la bataille car on ne les revit plus. Durutte dit de même pour sa batterie, et d’Erlon lui enverra en fin de journée quatre pièces de 12, peut-être aussi les seules ayant alors encore des munitions.

20) Le 3e Chasseurs à Cheval est régulièrement oublié par tous les auteurs alors qu’il fit de l’aussi bonne «besogne» que les lanciers.

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Les troupes s’étant ralliées aux carrés des 2° et 4° Divisions l’ordre se rétablit - Ces divisions ne firent pas un seul pas rétrograde malgré le feu très vif qu’elles soutenaient (21) ; elles eurent ordre de se rapprocher de la chaussée et L’Empereur envoya aussitôt l’artillerie de la Garde pour remplacer celle qui, ayant perdu ses chevaux et son personnel, ne pouvait plus servir (22).

21) D’accord pour le feu très vif soutenu, qui devait être bien dévastateur sur un carré plein de division ! Mais en revanche il faut bien constater que les ralliements se firent bien en arrière desdits «carrés», et que la 4e Division se retrouva à son point de départ. Les autres reculèrent aussi en rapport, forcément.

22) L’Empereur envoya effectivement deux batteries à cheval de la Garde sous le colonel Duchand, et il semble bien que les deux batteries à cheval du 4e Corps de Cavalerie sont alors également déployées... Et peut- être deux autres à cheval de Jacquinot et Subervie si toutefois ce sont bien celles sauvées par le 85e et non celles de Milhaud. Il faudrait conclure des éléments plus haut que c’est aussi à ce moment là que Napoléon aurait engagé, trois batteries à pied «de la Garde» et/ou auxiliaires, les versions divergent, «remontant» la Grande batterie à 68 pièces.
Il se serait ajouté contre les Anglo-Alliés 8 ou 12 obusiers (selon les 2e et 3e versions impériales dictées à Sainte-Hélène) tirés des batteries encore en réserve (ils auraient renforcé Reille pour incendier le château de Hougoumont... Dont on ignorait l’existence, d’où mon emploi du conditionnel)... Puis les deux dernières batteries à cheval de la Garde qui renforceront Ney en fin de bataille, totalisant, avec les pièces de Reille et Kellermann, et encore pas en même temps, 110 à 122 pièces en attaque contre 156 en défense. Napoléon avait donc, après la charge de la cavalerie anglaise, perdu sa supériorité en artillerie, car les 92 à 104 autres pièces restantes de l’Armée sont ou seront employées contre les Prussiens... qui en aligneront contre elles jusqu’à 101, mieux placées (plus haut contre plus bas) et n’ayant pas eu, semble-t-il, de problème de munitions, contrairement à certaines françaises qui, ayant épuisé leur dotation, se désengagèrent.

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Il vint Lui-même, s’avancer au milieu des tirailleurs fort près de la ferme de la Haye Sainte et donna des ordres pour qu’on s’empare de cette maison. Le Maréchal Ney dirigea lui- même cette attaque ; elle fut meurtrière ; toutes les issues étaient fortement barricadées, les jardins entourés de fossés et de haies vives étaient garnis de tirailleurs qui en défendaient les approches ; on échoua plusieurs fois dans cette attaque ; le général Aulard y fut tué ; enfin le Comte d’Erlon s’étant mis à la tête du 17e régiment de ligne, fit enfoncer la porte qui donne près la chaussée et la ferme fut occupée par nos troupes ; on chercha à s’établir sur la position qui se trouve au-dessus, mais les forces de l’ennemi étaient tellement considérables qu’on ne put y parvenir, cependant le 13e léger se maintint jusqu’au soir sur le revers de la pente rapide qui se trouve à la droite de cette ferme et seconda beaucoup les troupes qui l’occupaient et qui y furent attaquées plusieurs fois.
Les choses restèrent en cet état sur ce point jusqu’au soir ; les pertes que nous avions éprouvées étaient très considérables (23) ; le général Donzelot avec les reste de sa division et de la 1° était placé en avant de la Bonne Alliance, sur notre droite les troupes de la 3° et 4° divisions et la division du général Jacquinot maintenaient les colonnes ennemies qui cherchaient à déboucher de Smohain et protégeaient l’artillerie de la garde, qui jouant sur les masses anglaises leur faisait le plus grand mal (24).


23) On peut à ce moment les évaluer à environ 8.000 h, de l’ordre de 50 % des effectifs en moyenne.

24) C’est a ce moment qu’intervinrent les deux dernières batteries à cheval de la Garde, venues renforcer les deux batteries de 12 «de la Garde» qui tiraient encore. Les autres, bien que non prises ne sont plus là, probablement tombées à court de munitions. Nonobstant, ces quatre batteries sont à l’origine de la crise endurée par les Anglo-Alliés qui sont à ce moment-là au bord de la rupture physique et morale.

La Division Subervie avait été détachée en arrière de notre extrême droite depuis l’apparition des premiers éclaireurs prussiens et recevait les ordres du Comte de Lobau. La cavalerie anglo-belge tenta quelques charges sur notre droite, mais elle fut toujours ramenée avec perte par la Division Jacquinot.
Tel était l’état du Ier Corps quand l’Empereur fit charger sa garde ; cette attaque n’ayant pas réussi, les troupes qui occupaient la ferme de la Haye Sainte et les alentours ne purent plus s’y maintenir et eurent même beaucoup de peine à regagner le carré que le général Donzelot avait formé pour les recevoir (25) et qui ne tint pas lui-même longtemps ; les troupes qui se trouvèrent sur la droite se retirèrent en bon ordre en marchant en carré ; le général Jacquinot repoussa plusieurs charges qui s’exécutaient sur elles. C’est en passant d’un de ces carrés à l’autre que le général Durutte eut le poignet droit abattu et reçut plusieurs blessures graves.


25) Le carré était à la hauteur de la Belle Alliance sur les positions de départ du 1er Corps.

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Pendant cette journée le Ier Corps a éprouvé de très grandes pertes ; elles n’ont jamais pu être connues d’une manière exacte, malgré les efforts qu’a fait Mr le Comte d’Erlon pour réunir ses troupes tant à Charleroy qu’à Beaumont, qu’à Maubeuge et Avesnes, ce n’est qu’à Laon qu’il a pu y parvenir et de 17500 hommes d’infanterie et près de 2000 de cavalerie qu’il avait le 18 au matin (26), il ne lui restait pas 5000 fantassins et 1000 chevaux.
- Le Ier Corps a eu dans la bataille du 18 le général Aulard tué ; les généraux Durutte, Bourgeois, Noguès, Gobrecht blessés ; les colonels Rignon du 51e et Carré du 21e tués.


26) C’est ce passage, peu suspect d’exagération, qui m’a conduit à m’interroger sur l’arrivée, du coup évidente pour moi, de renforts entre l’ordre de bataille connu du 10 juin 1815* et la bataille du 18, sachant aussi que le 1er Corps n’a pas été engagé entre les deux dates. J’ai donc cherché, et parfois trouvé, l’indication de renforts, et pas seulement pour le 1er Corps, ce qui confirme une fois de plus que Napoléon n’a jamais su exactement combien de soldats il engageait dans une bataille donnée.
* qui montre 16.885 fantassins et 1.506 cavaliers, déterminant une différence correspondant à environ un bataillon d’infanterie et plusieurs escadrons de cavalerie supplémentaires qui seront présents à Waterloo.
Napoléon disait volontiers : «Parfois un bataillon décide d’une journée», mais cette fois ce ne fut pas le cas.

Ouvrages essentiels consultés sur la campagne de 1815 et Waterloo
Beckett II, Stephen M., The Operations of the Armée du Nord: 1815, Canton GA USA, 2018.
Bowden, Scott, Armies at Waterloo, Arlington TX USA, 1983.
Coppens, Bernard, Waterloo 1815, Les Carnets de la Campagne, N° 1 à 4, Bruxelles, 1999 à 2000. Couderc de Saint-Chamant, Henri, Napoléon, ses dernières armées, Paris, 1902.
Juhel, P. 0., De l’île d’Elbe à Waterloo, La Garde impériale pendant les Cent-Jours (1815), Paris, 2008. Litre, Chef d’Escadron E., Les régiments d’artillerie à pied de la Garde, Paris, 1895.
Tondeur, J.-P., Waterloo 1815, Les Carnets de la Campagne, N° 5 à 12, Bruxelles, 2003 à 2011.

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Peu ou prou sur le même sujet, le lecteur intéressé trouvera aussi sur Planète Napoléon les articles suivants dont je donne la date de mel ou re-mel plutôt que le lien afin que vous les trouviez plus certainement dans la sous-rubrique articles de la section de L'Histoire Militaire (cliquer sur l'hexagone contenant un livre ouvert).

12/12/2019 : Waterloo, l'avant-dernière bataille de Napoléon

07/09/2020 : L'artillerie française à Waterloo

23/11/2020 : Chronique illustrée d'un désastre annoncé

14/12/2020 : Journal de campagne du 1er corps


Bien, je peux désormais vous souhaiter de bonnes lectures !

Diégo MANÉ

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