Bon, tout cela n'a guère de rapport avec le colonel Grouard, mais est beaucoup plus sérieux.
J'aurai bien renvoyé directement à mes posts et articles sur 1815, mais à l'évidence il existe actuellement des problèmes avec les liens déposés sur Planète Napoléon, dont Bruno Roy-Henry n'est pas plus responsable que moi.
Mais si à l'impossible nul n'est tenu, il reste toujours possible de ruser la machine en changeant l'épaule de fusil. Voici donc le texte concerné copié-collé ci-dessous :
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Journal de campagne du Ier Corps, du 12 au 18 juin 1815(in «
Operations of the Armee du Nord: 1815» de Stephen Beckett, pages I-447-452)
(Compilation d’après l’original, et commentaires par Diégo Mané, sept.-nov. 2019)
Extrait ... / ... Le 18 juin 1815À la pointe du jour, le Comte d’Erlon reconnut la position de l’ennemi ; tout annonçait qu’il voulait la défendre ; vers les huit heures un officier de l’Empereur apporta l’ordre de mettre les colonnes en mouvement pour suivre l’ennemi qui, d’après les rapports se retirait, disait-on, par la route de Bruxelles. Le Comte d’Erlon envoya de suite son chef d’état-major pour faire connaître que les rapports étaient inexacts et que loin d’abandonner sa position l’ennemi la rectifiait, et faisait ses dispositions pour la défendre ; l’Empereur ordonna de suspendre le mouvement (1), de faire rentrer les troupes dans leur camp, de faire manger la soupe et de faire nettoyer les armes qui étaient dans le plus mauvais état à cause de la pluie de la nuit. Les avant-postes arrêtèrent un paysan (le propriétaire de la maison dite La Bonne Alliance) qui ayant servi de guide pendant la nuit à une colonne prussienne qui s’était dirigée sur Wavre était parvenu à s’échapper, et annonçait qu’il y avait beaucoup de troupes prussiennes à Wavre et que toute l’armée anglaise était devant nous et voulait s’y défendre.1) Donc jusqu’à ce moment Napoléon n’avait pas envisagé de livrer bataille le jour-même !
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Vers 11 heures L’Empereur vint reconnaître la position ; il laissa son Etat-Major et sa suite en arrière de la Bonne Alliance et se porta avec le Comte d’Erlon, le Comte Bertrand, le Prince de la Moskowa et quelques officiers seulement, sur la ligne de nos vedettes, à droite et tout près de la grande route ; il ordonna au Comte d’Erlon de faire ses dispositions pour attaquer l’ennemi par la gauche (2), de former à cet effet chacune de ses divisions en Colonne par Bataillon (3) et de les faire marcher en échelon, en dirigeant celui de droite de manière à attaquer la gauche de l’ennemi vers Smohain, en ayant soin de masquer aussi longtemps qu’il serait possible le mouvement ; la division de cavalerie légère du général Subervie fut jointe à celle du général Jacquinot ; ces deux divisions se portèrent sur la droite, trois pièces d’artillerie légère avec elles et un bataillon d’infanterie pour observer et reconnaître le terrain entre Frichermont et l’Abbaye d’Aywiers, ce premier endroit était occupé par de l’artillerie légère aussi (4).
2) Comprendre «par sa gauche... vers Smohain» comme le précisera le texte plus loin.
Ajout du 15/09/2026 : en regardant à nouveau l'original c'est bien
sa gauche qu'il faut lire.
3) Voici reconnue sans aucune espèce d’ambiguïté la paternité impériale de la formation vicieuse qui conduisit au désastre de l’attaque du Corps d’Erlon. Il manque ici pour river le clou auprès des néophytes le terme «déployé» après celui de bataillon, mais il se trouve confirmé par bien d’autres témoignages, et d’ailleurs, pour ceux qui sont coutumiers de la terminologie militaire de l’époque, la «colonne par bataillon» ne peut que succéder à la «colonne par division» qui suit elle-même la «colonne par compagnie», etc..., cette dernière étant formée sur trois rangs d’hommes de «profondeur». Le terme qui suit celui de «par» détermine le front de la formation ainsi désignée donc ici un bataillon déployé en ligne.
4) Le fait que malgré les effectifs pléthoriques de l’artillerie on ait scindé une batterie légère (artillerie à cheval) en deux «divisions» de 3 pièces, plaide pour qu’il n’y ait alors à cet endroit qu’une seule batterie disponible, probablement celle de Domon car celle de Subervie arrivera plus tard, si l’on en croit un message de Pajol qui l’avait «retenue». En effet, il ne peut non plus s’agir de celle de Jacquinot, que le récit du GB Dessales (commandant l’artillerie du 1er Corps) inclut expressément dans la Grande batterie.
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D’après cette disposition primitive pendant que tout le 1er Corps se portait sur la gauche de l’ennemi, le 2e Corps devait se former sur la grande route afin de l’attaquer sur son centre aussitôt que les troupes du 1er Corps seraient parvenues à enlever la position de sa droite (5). Toutes les dispositions étaient faites et le mouvement allait commencer quand le Maréchal prince de la Moskowa vint dire au Comte d’Erlon que d’après de nouvelles dispositions, son attaque au lieu de s’exécuter sur la gauche de l’ennemi devait s’opérer sur son centre (6) ; que les divisions marcheraient dans l’ordre de colonne déjà indiqué, mais que l’échelon de gauche qui serait celui de direction se porterait sur la ferme de la Haye Sainte, située sur la grande route, que 80 bouches à feu soutiendraient notre attaque (7) et que celle du 2e Corps aurait lieu sur la droite de l’ennemi.Ajout du 15/09/2026 : un détail qui m'avait échappé en 2019 et qui vient de me sauter aux yeux ; la ferme de la Haye Sainte est clairement désignée comme objectif, ce qui fait bonne justice d'une autre polémique bi-séculaire disant que Napoléon confondit les fermes de la Haye Sainte et de Mont-Saint-Jean, et que cela aurait été une des causes de, restons modérés, l'insuccès de ses dispositions. L'imagination en même temps que l'incompétence crasse des "polémistes" est sans limites !
5) Comprendre «sa gauche», ou bien alors «la droite» sinon cela ne tient pas debout.
Ajout du 15/09/2026 : pareil que plus haut : l'écriture manuelle du rédacteur de ce journal est propice à confondre
sa et
la dans son texte.
6) C’est clair, mais c’est dommage ! En effet, le premier ordre était bien meilleur qui fixait pour objectif le point faible de l’ennemi, sa gauche, plutôt que le plus fort, son centre ou put intervenir massivement sa cavalerie lourde. Mais bon, on ne peut que se demander pourquoi... Peut-être déjà une incidence de la résistance inattendue à gauche, du fait de Hougoumont dont l’Empereur ignorait l’existence... et se rappeler le proverbe qui dit qu’ «après la bataille tout le monde est stratège».
7) Voici de nouveau cité le chiffre de «80 bouches à feu», que tous les auteurs, moi y-compris, ont eu à coeur de faire cadrer en y comptant telles ou telles batteries, sans jamais parvenir à l’unanimité. Mais ledit chiffre est-il autre chose qu’un «chiffre-choc» comme le fut celui de «la batterie de cent canons de Wagram», qui n’en eut jamais cent, mais bien moins à l’origine et bien plus à la fin ? Considérer aussi le fait que Napoléon put parfaitement «donner» à Dessales 80 pièces, mais qui ne furent pas toutes disponibles dès le principe et se trouvaient encore en processus de rassemblement lors de la charge.
Ajout du 15/09/2026 : Ceux qui ont lu mes écrits postérieurs sur l'Artillerie française à Waterloo savent que j'ai trouvé (oui, là aussi) la composition détaillée de la première grande batterie, effectivement de 80 pièces, ni plus, ni moins, exactement. Comme quoi Napoleon savait compter.
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Le Comte d’Erlon s’empressa d’exécuter les changement qu’apportaient ces nouvelles dispositions dans celles déjà prises ; il forma les colonnes sur le versant du mamelon à droite de la Bonne Alliance (8). La colonne de gauche formant le premier échelon était composée de la 1° Division, venaient ensuite la 3° Division, la 2° et la 4° (9). Le bataillon qui avait été détaché avec la cavalerie fut rappelé et celle-ci eut l’ordre de se rapprocher, de se tenir sur la droite et à hauteur de l’infanterie et de suivre son mouvement (10), 80 bouches à feu, dont 36 pièces de douze commandées par le major Chaudon (11), furent mises sous les ordres du général Dessales Commandant l’artillerie du Ier Corps (12), qui les établit sur une seule ligne, sur le sommet du mamelon derrière lequel s’était formée l’infanterie, à peu près sur le chemin qui va de la Belle Alliance à Ohain (13). Comme cette ligne d’artillerie était très longue et dépassait de beaucoup l’espace occupé par les colonnes d’infanterie, un régiment de la 4e Division fut envoyé sur l’extrême droite pour couvrir l’artillerie et la défendre de ce qui aurait pu venir par le prolongement du mamelon qui va vers Smohain (14).
On lit alternativement «Bonne Alliance» et «Belle Alliance». Il s’agit manifestement de la même chose, donc «belle et bonne» à la fois !
Ajout du 15/09/2026 : nouvel exemple ci-dessus des facéties de ma très malicieuse machine, qui s'évertue à disposer un smiley (que je ne sais pas poser) en lieu et place du chiffre huit !
9) Voici encore un point important dévoilé par le Journal, et passé inaperçu depuis deux siècles, avec le dommage collatéral de plans tous faux, donnant l’ordre «naturel» 1-2-3-4, et qui rendent au passage incompréhensibles la plupart des relations. Même le brave Durutte s’y est trompé. Sa division (la 4e), partie de l’extrême gauche (la position de Piré !), et cherchée en vain pendant plus d’une heure par un aide de camp à qui on n’avait pas dit où elle se trouvait, et qui ne la chercha pas là, arriva bonne dernière en position alors que les artilleries échangeaient déjà leurs boulets. Et là, tout naturellement, lui aussi, il chercha des yeux la 3e Division, qu’il pensait devoir être sa voisine... et ne vit pas (car elle était plus loin que la 2e)... Mais vit bien la 2e Division (sa voisine de fait), entourée par la cavalerie ennemie. CQFD !
10) Soit cet ordre ne fut pas donné, soit il ne parvint pas à temps à son destinataire. De son côté Durutte demanda bien à Jacquinot de le flanquer (comme quoi il n’y avait pas que des inconscients dans l’armée), mais quelle qu’en soit la raison ce dernier ne le fit pas, et trois régiments d’infanterie de la 4e Division sur quatre furent par suite malmenés par la brigade de cavalerie légère anglaise de Vandeleur.
11) Ce renvoi déjà parce-qu’il nomme le major Chaudon (et non Chandon) au commandement des «36 pièces de 12», officier que le général Dessales ne nomme pas, mais que certains auteurs croient, donc à tort, être le major Bobillier (lieutenant-colonel selon l’appellation royale restée en vigueur en 1815).
Ensuite parce-qu’il soulève une nouvelle question. «36 pièces de 12», multiple de 6, alors que les batteries comptent chacune 8 pièces dont 2 obusiers, supposerait, quand bien même on les ait soustraits, que ce sont six batteries de 12 alors que l’on ne parle toujours, au début, que de celles des trois corps d’infanterie de la ligne. Les recherches relatives m’ont mené si loin que les réponses forment à elles seules le fond d’un autre article dédié spécialement à l’artillerie française à Waterloo, dont la «Grande batterie de 80 bouches à feu».
12) Le général Dessales dit n’avoir en réalité disposé que de 54 pièces, soit les 24 de 12 de la ligne et «les 30 de 6 du 1er Corps». Il ne compte donc pas la batterie de 8 pièces de 6 à pied de Durutte qui n’était pas en ligne avec les autres mais en fait en avant, et sera sabrée séparément sur une hauteur où son général la déploya. En revanche il comprend la batterie à cheval de Jacquinot, dont les 6 pièces, déployée à l’extrême droite de sa ligne de feu, permettent seules d’arriver au sous-total de «30 de 6».
13) La position indiquée par le Journal du 1er Corps, comme par le récit de Dessales, met également fin à une polémique bi-centenaire, nourrie par le fait qu’il y eut deux positions successives. Donc pas l’une ou l’autre, mais bien l’une pour toute la grande batterie, puis l’autre pour une partie des pièces, et même une troisième, de circonstance malheureuse, pour celles qui se firent sabrer en marche entre les deux. Le fait que la première position se soit avérée «trop loin» pour tirer efficacement, puis que la seconde se soit avérée «trop près» de la «sortie de cavalerie» de l’ennemi, fait partie intégrante du désastre.
14) Selon un témoin présent (Cne Chapuis), ce n’est pas sur ordre, car aucun général ne semble y avoir pensé, mais de sa propre initiative que le colonel* Masson du 85e de ligne le porta et maintint en soutien de 12 pièces (probablement d’artillerie à cheval et relevant donc de deux batteries) déployées «en l’air» en fin de la ligne d’artillerie, et dont il permit le repli intactes au lieu d’être sabrées comme les autres, ce qui leur permettra de revenir. Le général Brue avait ensuite rejoint le 85e et désobéi aux deux ordres de Durutte de rejoindre la division, dont en revanche les trois autres régiments, mis en désordre par la cavalerie britannique, purent se rallier derrière le carré du 85e. Seul à désobéir, seul à s’en sortir !
* «L’armée (du Nord) est excellente jusqu’au grade de colonel» écrivit Lachouque dans «Le secret de Waterloo», ce qui donne à penser que selon lui l’excellence ne caractérisait pas la plupart des généraux.
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À une heure et demie L’Empereur qui se tenait près de la Belle Alliance, envoya l’ordre d’attaquer. Les 80 bouches à feu commencèrent à jouer. Les colonnes se mirent aussitôt en marche. Les troupes abordèrent la position ennemie sans aucune hésitation ; l’artillerie suivait le mouvement des colonnes (15) ; la première colonne s’appuya à la grande route et, ayant trouvé la ferme de la Haye Sainte crénelée, fortement occupée, et le chemin qui forme défilé en cet endroit garni d’abattis, elle se divisa, de sorte qu’une brigade monta sur la position dessus à gauche de la chaussée et l’autre sur la droite ; la seconde colonne s’engageait et était déjà parvenue sur la position ; dans ce moment, une charge ayant eu lieu sur les troupes de la 1ère Division, elle firent une grande perte, et furent ramenées en désordre ; la cavalerie ennemie étant descendue près de la ferme de la Haye Sainte, longea le pied de la position et vint prendre la 3° Division en flanc et en queue (16) tandis qu’elle combattait déjà sur la position ennemie, ce qui força cette division à se rejeter sur la 2° qui se forma aussitôt en carré et reçut une charge très vive de la cavalerie anglaise qui ne put l’entamer (17) ; une autre masse de la cavalerie venue de la gauche de l’ennemi chargea la 4° Division qui maintint également les carrés qu’elle avait formés (18). 15) Le récit de Dessales indique que les réserves de 12 de la ligne se portèrent de la sorte en avant sans qu’il l’ait ordonné, lui forçant ainsi la main. Il décida alors de les faire suivre par les pièces de 6 dont au moins une partie sera surprise en déplacement. Une autre lecture indique bien que la batterie de 12 du 6e Corps et une batterie divisionnaire du 1er Corps furent sabrées attelées entre les deux positions.
Un tableau de Henri Dufrey, qui m’a longtemps laissé perplexe, s’explique désormais. Il représente une batterie divisionnaire d’artillerie à pied française traversée «à rebrousse poils» par les Scots Greys. Les canons sont dételés et tournent le dos à la charge. Je comprends maintenant que les convoyeurs de cette batterie, chargés alors qu’ils se dirigeaient sans soutien aucun vers la position ennemie, ont coupé leurs traits pour s’enfuir plus vite sur leurs attelages, abandonnant à leur triste sort les artilleurs et leurs pièces.
16) C’est donc bien la 3e Division Marcognet (et non la 2e Division Donzelot) qui est surprise de la sorte et taillée en pièces, perdant l’Aigle du 45e de ligne, tandis qu’à sa gauche la Brigade Bourgeois de la 1ère Division Quiot subit le même sort et perd l’Aigle du 105e de ligne.
17) La 2e Division Donzelot, dont l’échelon était par construction en arrière et à droite de celui formé par la 3e Division, n’avait pas encore atteint le chemin d’Ohain et, par conséquent, se trouvait en rapport moins désorganisée. C’est pourquoi elle put faire meilleure contenance. Non pas former le carré creux réglementaire, ce qui lui était tout aussi impossible qu’aux autres, mais sans doute former une sorte de carré plein, qui put en imposer assez aux cavaliers britanniques*, par ailleurs eux-mêmes désorganisés par leur victoire même, les encourageant à chercher des cibles plus faciles, ce qui scella le sort de la Grande batterie. «The guns, charge the guns», aurait alors crié un chef des Scots Greys.
* Selon un texte britannique, c’est une balle de fusil d’infanterie tirée de ce «carré» qui tua net le général Ponsonby, atteint mortellement dans le cou, et non «les sept lanciers» de la légende, qui cependant le plantèrent bien au passage, mais déjà couché mort face dans la boue, comme l’attestèrent aussi les marques dans le sol des sept coups de lances dans le dos (d’où «les sept lanciers») l’ayant traversé.
18) Il n’y eut qu’un seul carré de la 4e Division, un vrai celui-là, creux comme il se doit, et formé sur deux rangs seulement pour cause de sous-effectif. C’était celui du 85e de ligne. Les trois autres régiments de la 4e Division furent mis en désordre avec perte de 600 h.
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Ces deux colonnes de cavalerie ayant échoué sur nos carrés se portèrent sur notre nombreuse artillerie et lui firent le plus grand mal, hommes et chevaux furent tués ou dispersés (19), mais au même instant les cuirassiers du général Milhaud qui étaient formés près de la grande route vers la Belle Alliance, et la Division Jacquinot qui était sur notre droite, chargèrent la cavalerie anglaise - avec une telle impétuosité que fort peu de son monde put regagner la position et que le terrain fut jonché d’hommes et de chevaux ; les 3e et 4e lanciers se distinguèrent particulièrement (20).19) C’est passer un peu vite sur un épisode dramatique côté français et sur un fait d’armes exceptionnel côté anglais. En effet, les annales peinent à trouver une charge de cavalerie ayant de la sorte dispersé 8000 fantassins et dans la foulée réduit au moins 48 pièces au silence définitif, un vrai coup d’assommoir... Et 12 de plus auraient pu subir le même sort sans l’initiative heureuse du colonel Masson.
Le récit du général Dessales confirme, avec plus de détail, qu’il ne lui resta que la batterie de 12 du 1er Corps. Tout le reste, canonniers et attelages, sabrés ou en fuite, fut mis hors de combat pour la bataille car on ne les revit plus. Durutte dit de même pour sa batterie, et d’Erlon lui enverra en fin de journée quatre pièces de 12, peut-être aussi les seules ayant alors encore des munitions.
20) Le 3e Chasseurs à Cheval est régulièrement oublié par tous les auteurs alors qu’il fit de l’aussi bonne «besogne» que les lanciers.
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Les troupes s’étant ralliées aux carrés des 2° et 4° Divisions l’ordre se rétablit - Ces divisions ne firent pas un seul pas rétrograde malgré le feu très vif qu’elles soutenaient (21) ; elles eurent ordre de se rapprocher de la chaussée et L’Empereur envoya aussitôt l’artillerie de la Garde pour remplacer celle qui, ayant perdu ses chevaux et son personnel, ne pouvait plus servir (22).21) D’accord pour le feu très vif soutenu, qui devait être bien dévastateur sur un carré plein de division ! Mais en revanche il faut bien constater que les ralliements se firent bien en arrière desdits «carrés», et que la 4e Division se retrouva à son point de départ. Les autres reculèrent aussi en rapport, forcément.
22) L’Empereur envoya effectivement deux batteries à cheval de la Garde sous le colonel Duchand, et il semble bien que les deux batteries à cheval du 4e Corps de Cavalerie sont alors également déployées... Et peut- être deux autres à cheval de Jacquinot et Subervie si toutefois ce sont bien celles sauvées par le 85e et non celles de Milhaud. Il faudrait conclure des éléments plus haut que c’est aussi à ce moment là que Napoléon aurait engagé, trois batteries à pied «de la Garde» et/ou auxiliaires, les versions divergent, «remontant» la Grande batterie à 68 pièces.
Il se serait ajouté contre les Anglo-Alliés 8 ou 12 obusiers (selon les 2e et 3e versions impériales dictées à Sainte-Hélène) tirés des batteries encore en réserve (ils auraient renforcé Reille pour incendier le château de Hougoumont... Dont on ignorait l’existence, d’où mon emploi du conditionnel)... Puis les deux dernières batteries à cheval de la Garde qui renforceront Ney en fin de bataille, totalisant, avec les pièces de Reille et Kellermann, et encore pas en même temps, 110 à 122 pièces en attaque contre 156 en défense. Napoléon avait donc, après la charge de la cavalerie anglaise, perdu sa supériorité en artillerie, car les 92 à 104 autres pièces restantes de l’Armée sont ou seront employées contre les Prussiens... qui en aligneront contre elles jusqu’à 101, mieux placées (plus haut contre plus bas) et n’ayant pas eu, semble-t-il, de problème de munitions, contrairement à certaines françaises qui, ayant épuisé leur dotation, se désengagèrent.
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Il vint Lui-même, s’avancer au milieu des tirailleurs fort près de la ferme de la Haye Sainte et donna des ordres pour qu’on s’empare de cette maison. Le Maréchal Ney dirigea lui- même cette attaque ; elle fut meurtrière ; toutes les issues étaient fortement barricadées, les jardins entourés de fossés et de haies vives étaient garnis de tirailleurs qui en défendaient les approches ; on échoua plusieurs fois dans cette attaque ; le général Aulard y fut tué ; enfin le Comte d’Erlon s’étant mis à la tête du 17e régiment de ligne, fit enfoncer la porte qui donne près la chaussée et la ferme fut occupée par nos troupes ; on chercha à s’établir sur la position qui se trouve au-dessus, mais les forces de l’ennemi étaient tellement considérables qu’on ne put y parvenir, cependant le 13e léger se maintint jusqu’au soir sur le revers de la pente rapide qui se trouve à la droite de cette ferme et seconda beaucoup les troupes qui l’occupaient et qui y furent attaquées plusieurs fois.
Les choses restèrent en cet état sur ce point jusqu’au soir ; les pertes que nous avions éprouvées étaient très considérables (23) ; le général Donzelot avec les reste de sa division et de la 1° était placé en avant de la Bonne Alliance, sur notre droite les troupes de la 3° et 4° divisions et la division du général Jacquinot maintenaient les colonnes ennemies qui cherchaient à déboucher de Smohain et protégeaient l’artillerie de la garde, qui jouant sur les masses anglaises leur faisait le plus grand mal (24).23) On peut à ce moment les évaluer à environ 8.000 h, de l’ordre de 50 % des effectifs en moyenne.
24) C’est a ce moment qu’intervinrent les deux dernières batteries à cheval de la Garde, venues renforcer les deux batteries de 12 «de la Garde» qui tiraient encore. Les autres, bien que non prises ne sont plus là, probablement tombées à court de munitions. Nonobstant, ces quatre batteries sont à l’origine de la crise endurée par les Anglo-Alliés qui sont à ce moment-là au bord de la rupture physique et morale.
La Division Subervie avait été détachée en arrière de notre extrême droite depuis l’apparition des premiers éclaireurs prussiens et recevait les ordres du Comte de Lobau. La cavalerie anglo-belge tenta quelques charges sur notre droite, mais elle fut toujours ramenée avec perte par la Division Jacquinot.
Tel était l’état du Ier Corps quand l’Empereur fit charger sa garde ; cette attaque n’ayant pas réussi, les troupes qui occupaient la ferme de la Haye Sainte et les alentours ne purent plus s’y maintenir et eurent même beaucoup de peine à regagner le carré que le général Donzelot avait formé pour les recevoir (25) et qui ne tint pas lui-même longtemps ; les troupes qui se trouvèrent sur la droite se retirèrent en bon ordre en marchant en carré ; le général Jacquinot repoussa plusieurs charges qui s’exécutaient sur elles. C’est en passant d’un de ces carrés à l’autre que le général Durutte eut le poignet droit abattu et reçut plusieurs blessures graves.25) Le carré était à la hauteur de la Belle Alliance sur les positions de départ du 1er Corps.
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Pendant cette journée le Ier Corps a éprouvé de très grandes pertes ; elles n’ont jamais pu être connues d’une manière exacte, malgré les efforts qu’a fait Mr le Comte d’Erlon pour réunir ses troupes tant à Charleroy qu’à Beaumont, qu’à Maubeuge et Avesnes, ce n’est qu’à Laon qu’il a pu y parvenir et de 17500 hommes d’infanterie et près de 2000 de cavalerie qu’il avait le 18 au matin (26), il ne lui restait pas 5000 fantassins et 1000 chevaux.
- Le Ier Corps a eu dans la bataille du 18 le général Aulard tué ; les généraux Durutte, Bourgeois, Noguès, Gobrecht blessés ; les colonels Rignon du 51e et Carré du 21e tués.26) C’est ce passage, peu suspect d’exagération, qui m’a conduit à m’interroger sur l’arrivée, du coup évidente pour moi, de renforts entre l’ordre de bataille connu du 10 juin 1815* et la bataille du 18, sachant aussi que le 1er Corps n’a pas été engagé entre les deux dates. J’ai donc cherché, et parfois trouvé, l’indication de renforts, et pas seulement pour le 1er Corps, ce qui confirme une fois de plus que Napoléon n’a jamais su exactement combien de soldats il engageait dans une bataille donnée.
* qui montre 16.885 fantassins et 1.506 cavaliers, déterminant une différence correspondant à environ un bataillon d’infanterie et plusieurs escadrons de cavalerie supplémentaires qui seront présents à Waterloo.
Napoléon disait volontiers : «Parfois un bataillon décide d’une journée», mais cette fois ce ne fut pas le cas.
Ouvrages essentiels consultés sur la campagne de 1815 et Waterloo Beckett II, Stephen M.,
The Operations of the Armée du Nord: 1815, Canton GA USA, 2018.
Bowden, Scott,
Armies at Waterloo, Arlington TX USA, 1983.
Coppens, Bernard,
Waterloo 1815, Les Carnets de la Campagne, N° 1 à 4, Bruxelles, 1999 à 2000. Couderc de Saint-Chamant, Henri,
Napoléon, ses dernières armées, Paris, 1902.
Juhel, P. 0.,
De l’île d’Elbe à Waterloo, La Garde impériale pendant les Cent-Jours (1815), Paris, 2008. Litre, Chef d’Escadron E.,
Les régiments d’artillerie à pied de la Garde, Paris, 1895.
Tondeur, J.-P.,
Waterloo 1815, Les Carnets de la Campagne, N° 5 à 12, Bruxelles, 2003 à 2011.
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Peu ou prou sur le même sujet, le lecteur intéressé trouvera aussi sur Planète Napoléon les articles suivants dont je donne la date de mel ou re-mel plutôt que le lien afin que vous les trouviez plus certainement dans la sous-rubrique articles de la section de L'Histoire Militaire (cliquer sur l'hexagone contenant un livre ouvert).
12/12/2019 : Waterloo, l'avant-dernière bataille de Napoléon
07/09/2020 : L'artillerie française à Waterloo
23/11/2020 : Chronique illustrée d'un désastre annoncé
14/12/2020 : Journal de campagne du 1er corps
Bien, je peux désormais vous souhaiter de bonnes lectures !
Diégo MANÉ
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